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TOURISCLUB PARIS IDF

Quelle formation des cadres dans les métiers du Tourisme pour une adéquation entre l’offre et la demande d’emploi ?

Soirée - débat du 15 novembre 2005 à l’Hôtel Forest Hill de la Porte de la Villette.

lundi 16 janvier 2006, par TourisClub Paris IDF


Soirée - débat du 15 novembre 2005 à l’Hôtel Forest Hill de la Porte de la Villette.

Fabien Berdah, Président du Tourisclub Paris IDF et Directeur de la Fédération Nationale des Comités Régionaux de Tourisme (FNCRT), introduit le débat en remerciant professionnels et étudiants d’être venus nombreux.

Parmi les étudiants : ceux des Masters de Marne la Vallée et de Paris III Sorbonne Nouvelle, ainsi que ceux de la Formation Pro Tourisme de l’ESPI - Heliopole.

Introduction au débat :

Bonjour à toutes et à tous, ami(e)s du Tourisme puisque le Tourisme est une grande famille. Notre association de Professionnels et d’Institutionnels du Tourisme, le TCPIDF, est à nouveau ce soir heureuse de vous accueillir.

Tous nos remerciements à Bernard LO MONACO, Directeur Général des Hôtels Forest Hill et Trésorier de notre association, pour son accueil en ces lieux. Il nous prie de l’excuser ce soir alors qu’il se trouve en déplacement professionnel.

Beaucoup d’entre nous sortent juste des “Assises Nationale du Tourisme”, à quelques centaines de mètres de cette hôtel, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, où nous avons pu assister, car participer est en l’occurrence un bien grand mot, à l’Atelier « Tourisme et Emploi », non sans lien, nous le verrons dans mon intervention, avec le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui.

Cette question est l’arbre qui cache la forêt, car de quoi parlons-nous ?

Nous parlons d’abord d’un secteur d’activités à part entière, de la première industrie de services dont l’importance est croissante dans l’économie tant au plan national qu’à l’échelon européen.

C’est un secteur-clé de l’économie française qui par son poids en prospective comme en perspective est créateur de richesse et d’emplois.

Rappelons rapidement quelques chiffres :

  • Il est le 1er secteur employeur de l’économie française avec 2 millions d’emplois directs et indirects non délocalisables, et la 1ère industrie de services avec 200 000 PME et TPE.
  • Il représente 7% du PIB national.
  • Il est un secteur économique et social vital pour les économies insulaires notamment les DOM.
  • En 2004, la consommation touristique a été de 105,8 milliards d’Euros.
  • Elle a représenté 10,4 milliards d’Euros dans la balance des paiements soit plus que le secteur automobile et plus que n’importe quelle autre industrie.

Mais, en matière de Tourisme, ne parlons-nous que de cela ?

Certainement pas tant l’inscription territoriale des projets et des actions touristiques fait du Tourisme un vecteur important du Développement Durable, un outil majeur de développement local, un facteur d’appropriation des politiques d’aménagement et de développement par les populations locales, un potentiel de reconversion professionnel en milieu rural, une clef de réappropriation des identités culturelles.

Et lorsque nous parlons de 2 millions d’emplois directs et indirects, qui en parle ?

Certainement pas les « Chiffres du Tourisme » publiés par la Direction du Tourisme qui ne répertorient que les 750 000 emplois de l’hôtellerie-restauration. Facile à répertorier et en étroite relation avec l’UMIH, puissant syndicat lobbyiste.

C’est Paul DUBRULE, Président du CA du GIE Maison de la France, Co-Président du Conseil de Surveillance d’ACCOR, qui fixe ce chiffre de 2 millions d’emplois.

Faisons les comptes : 2 millions de salariés moins 750 000 de l’hôtellerie-restauration, cela nous donne (merci l’Ecole de la République de m’avoir appris à compter), cela nous donne 1 750 000 ... certes ... mais 1 750 000 quoi ?

C’est sans doute l’ensemble des salariés de l’accueil et du réceptif (agents de voyages, guides, conférenciers, hôtesses, métiers des salons et des congrès, compagnies de transports), ceux des métiers culturels ou sportifs à vocation touristique dans un pays où l’expression « tourisme culturel » est un pléonasme, ceux des métiers du conseil et de l’ingénierie touristique, c’est également les personnels institutionnels du tourisme (CRT, CDT, OTSI).

Ou encore ceux en création dont me parle Jocelyne LAURET, Présidente du CRT de la Réunion, ces nouveaux métiers du Tourisme Environnemental, et ceux de la Veille stratégique dont il est question avec Dominique CHARPENTIER, Directeur du CRT Riviera, Thierry BAUDIER, DG de Maison de la France, et Christian MANTEI, DG d’ODIT France.

Et sur l’ensemble de ces emplois, combien de cadres, et combien de cadres dirigeants ?

Voilà donc la forêt, car avant de parler de formation, il faut au préalable savoir qui l’on veut former et à quoi !

Cela ne peut passer que par la volonté politique d’une étude d’ODIT France en collaboration avec les Observatoires Régionaux du Tourisme logés dans les CRT, avec des outils harmonisés, et permettant d’établir une nomenclature chiffrées quantitativement des métiers du Tourisme.

C’est la proposition qu’André CHAPAVEIRE, Président de la Fédération Nationale des Comités Régionaux du Tourisme et Président de la Commission Tourisme de l’ARF (Assemblée des Régions Françaises) a faîte au Ministre Délégué Léon BERTRAND.

Quand bien même cette proposition ne trouvait pas écoute auprès de l’Etat et de ses représentants, il serait de la responsabilité de la FNCRT de mener à bien ce chantier et des Régions, fortes de leur compétence tourisme liée aux lois de décentralisation, de s’en faire l’écho.

C’est ensuite pouvoir mettre en face de chacun des métiers répertoriés les formations correspondantes et adéquates.

Si le Tourisme est par les Services, la rencontre du Rêve et du Territoire ; l’Emploi est par la Formation, la rencontre de l’Offre et de la Demande.

Et lorsque nous nous posons la question qualitative de la formation tant initiale que continue en matière de Tourisme (hôtellerie-restauration incluse), que constatons-nous :

Une offre hétéroclite, nombreuse, souvent peu qualitative, en inadéquation avec le marché du travail, tant par le contenu des formations que par le niveau des formations.

Un directeur de restaurant d’hôtel a-t-il besoin d’apprendre durant 3 ans à porter des plats ou est-il plus important pour lui, et l’ensemble de son personnel, de maîtriser parfaitement les langues étrangères et la connaissance culturelle de la ville dans laquelle il exerce ?

Faut-il 2 ans après le BAC pour maîtriser AMADEUS, ou bien est-il plus important d’avoir une solide formation commerciale pour diriger une Agence de voyages ou un service réceptif de tourisme ?

Vous le savez comme moi, la clef réside dans la culture générale et la transversalité de nos connaissances.

Apprendre à porter des plats demande 5 heures de formation à des étudiants universitaires chez Hilton International à travers le monde.

AMADEUS France organise des stages de formation d’excellent niveau permettant dans le cadre de la formation continue de s’approprier le maniement du GDS.

Et un BTS a-t-il encore sa place, seulement sous prétexte d’un texte de loi obligeant au BTS Tourisme pour l’obtention d’une licence d’agent de voyages, alors que l’harmonisation universitaire européenne LMD (Licence - Master - Doctorat) est à l’œuvre ?

Et puis combien de Master sur le territoire national ?

Il en surgit de partout, des DESS à ambitions de Master, de nouveaux Masters aux dénominations multiples, pour combien de centaines d’étudiants par an ?

Pour au bout, combien de postes de cadres dirigeants du tourisme ?

Et enfin, quelle politique de formation continue, de plans de formation, des entreprises de notre secteur d’activités ?

C’est l’ensemble de ces interrogations qui m’a amené à questionner l’ANPE Tourisme en lui demandant de nous dépêcher ce soir une ou un intervenant.

Assortie à une réponse négative, cette explication que l’ANPE Tourisme ne traite pas des questions de cadres du Tourisme, et d’ailleurs ne traite pas d’offres d’emploi de cadre.

Je me suis tourné vers l’APEC qui semblait tomber des nues, argumentant qu’il n’y avait pas lieu de sectoriser la recherche d’emploi d’un cadre et que la question de réseaux particuliers au Tourisme pour la recherche d’emploi relevait du fantasme.

Je faisais alors appel à l’Education Nationale, car, ne l’oublions pas, ce Ministère est l’un des 7 parmi les 11 qui traite de Tourisme dont la ligne budgétaire Tourisme et Hôtellerie est plus importante que le budget global du Ministère Délégué au Tourisme.

Monsieur Jean-Marc MONTEIL, Inspecteur Général pour les Universités, n’a pas souhaité s’attarder sur un sujet qui probablement n’est pas pour lui des plus nobles.

S’y intéressera-t-il un jour ?

Ou bien plus logiquement la volonté politique engendrée par la place croissante du Tourisme dans le développement économique et social permettra-t-elle une réorganisation institutionnelle ramenant au sein du Ministère Délégué l’ensemble des missions et des budgets du tourisme sous la tutelle du Ministère de l’Economie, et avec un Délégué Interministériel au Tourisme auprès du Premier Ministre ?

Je remercie donc, et par avance, certes au nom du Tourisclub Paris Ile-de-France mais aussi au nom des 2 millions d’emplois du Tourisme, je remercie nos 3 intervenants de ce soir d’avoir bien voulu nous faire part de leurs réflexions et savoir-faire.

J’accueille en ces lieux le Professeur Jean-Pierre LOZOTO GIOTART, Responsable Scientifique et Pédagogique du Master Pro - MITT (Médiation & Ingénierie Touristique et culturelle des Territoires) de Paris III Sorbonne Nouvelle ; Monsieur Patrick VICERIAT, Consultant International en Tourisme et Loisirs, Président de l’AFEST (Association Française des Experts et Scientifiques du Tourisme) dont nous sommes quelques-uns ici à être membres ; Monsieur Laurent BARBAN, Conseiller Grands Comptes à l’AGEFOS - PME dont on sait quel rôle important elle joue dans le financement des formations de notre secteur d’activités.

Après cette introduction le président passe la parole au Professeur Jean-Pierre Lozato-Giotart, Directeur du Master 2 Pro MITT « Médiation et Ingénierie Touristique et culturelle des Territoires » de Paris III Sorbonne Nouvelle et écrivain du Tourisme. Il rappelle que le tourisme est une chaîne de métiers même si les métiers de l’hôtellerie restauration ont un rôle historique, qui a des objectifs économiques, sociaux, culturels et territoriaux. Il y a actuellement un déséquilibre entre le nombre de cadres moyens supérieurs issus de formations touristiques (de 15 à 20 000 par an) et le nombre de poste proposés (1 500 à 2000). Les formations vont être obligées de s’adapter de même que les professionnels. Au delà des connaissances théoriques, la pratique, l’opérationnalité est indispensable, d’où l’intérêt de développer des formations continues actuellement peu nombreuses au niveau Master alors que les formations publiques et privées explosent (30 masters de tourisme sur le marché). Pour le professeur Lozato Giotart il est important que la qualification apporte des connaissances mais surtout une boîte à outils ; c’est la capacité pré-opérationnel de ceux que l’on forme qui va faire la différence ; les pays émergents sont très sensibles à ce type de question. Pour lui c’est la fin des self-made men ; le secteur touristique devient industriel et se professionnalise.

Monsieur Patrick Viceriat, Consultant international et Président de l’Association Française des Experts et Scientifiques du Tourisme (AFEST) développe son propos autour de la nécessité de faire reconnaître la science du tourisme. Aujourd’hui ce secteur mobilise des capitaux importants et il devient nécessaire d’avoir un champ disciplinaire autonome, comme dans certains pays de l’Union Européenne ou le Canada. Malgré les propositions faites au Ministère, on constate peu d’avancées en ce domaine et une certaine frilosité des fonctionnaires ; c’est un combat qui selon lui devrait être mené ensemble. Actuellement la formation dispensée ne correspond plus à la nouvelle organisation du travail ; une étude avait été faite il y a dix ans sur l’inadéquation des formations aux métiers du tourisme ; elle est toujours valable. La France devrait former plus de personnes à l’export, former des équipes qui allient compétences et connaissances linguistiques. Au niveau institutionnel la formation est peu abordée dans les plans d’aménagement et ceux qui devraient participer à l’adaptation de la filière tels les CRT en Régions ou les CDT dans les départements sont absents des discussions.

Monsieur Laurent Barban, Conseiller Grands Comptes à l’Agefos-Pme, intervient dans le champ de la formation continue. Il rappelle que les dispositifs de la loi Fillon ont pour objectif de favoriser la formation tout au long de la vie. Depuis huit ans Agefos a été désigné par les PME afin de réaliser une observation prospective des métiers / qualifications. L’idée serait de mutualiser les informations et de créer un observatoire commun aux partenaires sociaux, aux partenaires publics et aux consultants. Les besoins en formation continue pour les PME sont importants en particulier chez cadres. La réforme actuelle met l’accent sur le pilotage et le diagnostic des compétences afin de définir une formation qui réponde aux besoins de demain ; les bilans de compétences et la valorisation des acquis d’expériences (VAE) sont des outils très utiles. Le dispositif DIF (droit individuel à la formation) fait du salarié un acteur de son parcours professionnel ; il devient force de proposition. Les contrats de professionnalisation tourisme s’adresse aux « nouveaux entrants » ; c’est un moyen d’acquérir une véritable pratique professionnelle et de préparer une formation reconnue ; ils s’adressent aux jeunes de moins de 26 ans et aux personnes en réorientation professionnelle.

Lors du débat Jean Pierre Gaumet, Conseiller du Président du SNAV et longtemps Président de Paris Vision, se dit très content d’être un ancien self made man. Pour lui cette catégorie de cadres dirigeants n’est pas morte car il existera toujours des hommes et des femmes qui souhaiteront créer leur entreprise. Même si le tourisme est de plus en plus reconnu en tant qu’industrie, les Politiques ont encore l’image d’un métier facile. Ce secteur a vraiment besoin d’une reconnaissance. Il faut éviter le nombrilisme français, valoriser nos acquis, et explorer de nouveaux marchés.

Patrick Chalain, Consultant international et arbitre international siégeant à la Chambre de commerce international ainsi qu’à la Cour spécialisée de tourisme de Florence, insiste sur la difficulté du métier de consultant où les missions sont peu nombreuses. Ce ne peut être, au départ, une activité principale.

Pour Patrick Viceriat, les besoins sont nombreux car les entreprises externalisent de plus en plus. Le nombre des consultants se développe avec les sociétés de portage alors que le nombre de CDI diminue car les entreprises ont peu de visibilité. Les entreprises ont besoin d’être conseillées à différents niveaux en terme d’opérationnalité, de boite à outils.

Pour Fabien Berdah il y a un grand avenir pour les métiers de consulting dans les territoires. Les territoires ne savent pas faire émerger leur projet et ont besoin pour cela de professionnels. D’autre part une veille stratégique est nécessaire pour analyser les nouveaux marchés, ceux de l’est par exemple ont un fort potentiel.

Pierre-Marie PORTE, Directeur de site chez Pierre et Vacances, pense qu’il faut avant tout être opérationnel , aimer le terrain et avoir une vision à l’échelle européenne et même mondiale. Ce sont vos expériences et vos réalisations qui vous apportent la crédibilité. Il faut savoir être imaginatif. Pour sa part il est autodidacte.

Evelyne Fargeau, Directrice d’Othello, souligne que les ressources humaines sont capitales dans nos métiers. Le rôle des hommes et des femmes est extrêmement important. C’est pourquoi elle a créée une société généraliste en ressources humaines (dans le domaine de l’hôtellerie). Pour elle, il faut être passionné pour réussir car c’est un métier difficile où on fait peu carrière.

Le délicieux cocktail servi dans les salons de l’Hôtel Forest Hill de la Porte de la Villette permet aux participants de poursuivre le débat.

P.-S.

TourisClub Paris IDF
Association de professionnels et institutionnels du tourisme

E-mail : tourisclub_parisIDF@yahoo.fr

Association loi 1901 n° 00160513 Préfecture Police Paris


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